“FIC2018”

L’outil Windows Troubleshooting Platform exploité pour la diffusion de malware

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Les chercheurs de Proofpoint ont découvert une nouvelle technique de diffusion de malware via des pièces jointes. Dans la campagne d’attaques observée, les auteurs exploitent la fonction Windows Troubleshooting Platform (WTP), destinée au diagnostic des problèmes dans Windows, afin d’inciter par ruse les destinataires de leurs messages à exécuter des programmes malveillants.

Cette attaque est d’autant plus efficace que l’exécution de WTP ne s’accompagne pas d’un avertissement de sécurité et que les utilisateurs sont habitués à lancer l’outil de diagnostic lorsqu’il apparaît dans Windows. En l’occurrence, cependant, son lancement entraîne l’installation de LatentBot[4], un bot modulaire bien documenté utilisé pour la surveillance, le vol d’informations et l’accès à distance.

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Figure 1 – Schéma fonctionnel de Windows Troubleshooting Platform

Le document leurre, dans ce cas, a été diffusé sous la forme d’un fichier joint à un e-mail, même si toute autre technique servant à transmettre des documents malveillants aurait pu être employée. Lorsque le destinataire ouvre le fichier, il se voit demander de double-cliquer pour détecter automatiquement le jeu de caractères. S’il obtempère, il ouvre en réalité un objet OLE imbriqué. Cet objet est un fichier ayant pour signature numérique DIAGCAB, qui est l’extension Windows pour un package de diagnostic. Une fois ouvert le fichier falsifié, l’utilisateur voit s’afficher une autre fenêtre d’apparence très réaliste (Figure 2).

S’il clique sur « Suivant » dans cette fenêtre, l’application lance les scripts associés au package de diagnostic. En l’occurrence, une commande PowerShell est exécutée afin de télécharger et lancer la charge malveillante.

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Figure 2 – Le document leurre ; à noter le message incitant par ruse l’utilisateur à double-cliquer afin de lancer involontairement l’objet OLE

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Figure 3 – Le package de diagnostic signé ; à noter que l’éditeur indiqué par le certificat n’est pas en cause mais que c’est plutôt un certificat valide qui a été piraté et exploité pour lancer cette attaque

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Figure 4 – Le package de diagnostic télécharge la charge malveillante en tâche de fond au moyen d’un script PowerShell à l’insu de l’utilisateur

Comme le montrent les Figures 3 et 4, le package de diagnostic permet de personnaliser l’aspect de la fenêtre, les actions effectuées et les scripts exécutés, via un formatage XML. Il est par exemple possible de définir le titre « Encoding detection » et de spécifier que l’« Outil de diagnostic » est le script PowerShell « TS_1.ps1 » au moyen des directives suivantes :

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Figure 5 – Package de diagnostic faisant référence à un fichier PowerShell malveillant en tant que script

Le script PowerShell responsable du téléchargement de la charge malveillante dans cette campagne est représenté sur la Figure 6 :

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Figure 6 – Commandes PowerShell servant à télécharger la charge malveillante

Cette méthode d’exécution d’un malware échappe à l’observation de nombreuses solutions existantes de « sandbox » car l’activité malveillante est menée en dehors du fichier binaire msdt.exe chargeant le fichier .diagcab. Cela s’inscrit dans la tendance qui consiste pour les auteurs de malware à rechercher de nouvelles méthodes pour échapper aux sandbox via un flux d’exécution COM non standard, méthodes illustrées précédemment par des exemples tels que WMI (Windows Management Instrumentation), Office Interoperability, BITS (Background Intelligent Transfer Service) et le planificateur de tâches.

Dans ce cas particulier, via la création d’un objet COM IScriptedDiagnosticHost dans msdt.exe, le service DcomLaunch lance Scripted Diagnostics Host (sdiagnhost.exe), qui ouvre à son tour le shell et exécute les commandes PowerShell ci-dessous.

La charge malveillante, en l’occurrence, est un backdoor modulaire connu sous le nom de LatentBot, analysé en détail par FireEye fin 2015. Au cours de notre analyse de ce cas, nous avons observé le chargement des modules de bot suivants pour l’exfiltration et l’accès à distance :

  • Bot_Engine
  • remote_desktop_service
  • send_report
  • security
  • vnc_hide_desktop

Les auteurs d’attaques ne cessent d’innover pour tirer profit des fonctions intégrées à Microsoft Windows afin d’inciter leurs victimes à exécuter sans méfiance des charges malveillantes. En l’occurrence, ils affichent une interface « Windows » très naturelle, susceptible de duper les utilisateurs même chevronnés. En outre, cette technique aboutit à une chaîne d’exécution inhabituelle qui permet d’échapper à la détection de nombreuses solutions de sandbox et complique nettement leur tâche.

About Author

Gérard Beraud Sudreau

Gérard Béraud-Sudreau, Area Vice Président chez Proofpoint, est titulaire d’une maîtrise en génie de l’Institut Supérieur d’Electronique du Nord (ISEN) et un Master of Science Telecoms & Electronics du King College de Londres. Il débute sa carrière en 1991 chez Nortel au Royaume-Uni où il exerce des responsabilités autour de projets d’intégration de réseaux, de livraison et de gestion du changement. En 1997, il évolue vers un poste de gestion des ventes chez Nortel France. Il devient ensuite directeur des ventes chez Sycamore Networks, puis responsable des ventes en France et en Afrique du Nord chez Avaya. Il poursuit sa carrière en fondant sa propre entreprise de consultation avant de rejoindre Verizon Business pendant 5 années. Gérard Béraud-Sudreau quitte aujourd’hui un poste d’Area Vice-président - Europe du Sud chez Polycom pour rejoindre Proofpoint au même intitulé de poste. Proofpoint Inc. (NASDAQ : PFPT) est un des spécialistes les plus innovants en matière de sécurité et de conformité, proposant des solutions dans le cloud. Ces dernières, conformes aux réglementations en vigueur, permettent de bénéficier d’une protection complète des données, de processus automatisés de réponse aux incidents, de services de réseautage et de communication sécurisés et d’un contrôle total sur la gestion des données. De nombreuses entreprises de par le monde comptent sur l’expertise, les technologies brevetées et le système de service à la demande de Proofpoint. Ces solutions leur permettent de se prémunir contre le phishing, les logiciels malveillants et les spams, de protéger la confidentialité de leurs données, de chiffrer leurs informations sensibles, et d’archiver leurs messages afin d’en simplifier la gestion et la recherche. Pour en savoir plus, rendez-vous à l’adresse www.proofpoint.com.

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